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Immobilier,  Non classé

Les courées ouvrières de l’Estaque

Un article de la Marseillaise pour les amoureux de l’Estaque et les passionnés d’architecture et d’histoire.

L’estaque, Fenêtres sur cour

Extrait :

Source :  http://immersive.sh/lamarseillaise/jy5U4i6ho

« Habitat ouvrier non programmé », selon l’urbaniste et géographe marseillais Marcel Roncayolo, les courées (le nom vient de cette petite cour étroite et commune à l’ensemble d’habitation) sont apparues du côté de l’Estaque entre le milieu du XIXe siècle et la Grande Guerre.

En ces temps-là, on ne parlait pas encore de barre HLM. Mais l’idée de départ était un peu la même : loger la classe « laborieuse » à proximité des centres industriels. Or, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, avec l’ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Marseille et l’installation des premières tuileries, le village de l’Estaque, renforcé par l’arrivée du tramway en 1892 et de la route en 1900, devint une zone industrielle de premier plan.


Cette industrie lourde y laissa une indicible balafre au pied de la chaîne de la Nerthe. Elle fut également si gourmande en main d’œuvre qu’elle transforma le petit port de pêcheurs et ses 1.600 habitants, en 1876, en un village « résidentiel » pour les ouvriers des usines alentour.

Durant plusieurs décennies, travailleurs immigrés, espagnols et surtout italiens sont ainsi venus gonfler les rangs d’une population estaquéenne qui culminera à 13.500 habitants en 1931 et se verra border d’un nouveau quartier, les Riaux, à son extrême nord. C’est dans ce contexte qu’une dizaine de courées ont poussé dans le secteur.

L’eau bien commun

Techniquement, ces petites maisons modestes empruntent beaucoup de caractéristiques à la résidence individuelle. Elles sont pourtant classées comme « habitat collectif ». D’un étage en général, mitoyennes et toutes semblables, elles se font face le long d’une ruelle privée où l’on accède par un passage étroit. L’arrivée d’eau, sanitaires et lavoirs, qui trône dans cette cour centrale, est l’élément commun partagé par les locataires.

« Réputé » pour ses cloisons minces et sa mauvaise isolation sonore, cet habitat bâti sur un principe d’économie génère une grande promiscuité laquelle induit un style de vie particulier qui perdure parfois. Surveillance réciproque en cas d’absence, veillée dans la cour, garde des enfants, arrosage des fleurs, étendage du linge… ses petits échanges de services sont les bases d’un vivre-ensemble érigé en règle de vie.

En petit nombre à l’Estaque, les courées ont construit leur légende dans les villes industrielles du Nord de la France. Il faudra attendre 1997 pour que ce patrimoine ouvrier estaquéen soit popularisé à son tour par le film de Guédiguian Marius et Jeannette. Le réalisateur marseillais dépeint à travers le cadre de vie de ses personnages un espace de convivialité, populaire, romantique, légèrement hors du temps.

Simple hasard ? Quelques mois après la sortie du film, en février 1998, une étude de l’architecture et de l’urbanisme du quartier de l’Estaque est lancée sous la maîtrise d’ouvrage du ministère de la Culture via la Direction régionale des Affaires culturelles. Aujourd’hui, le service régional de l’inventaire général du patrimoine culturel (SRIPC) recense neuf courées dans le 16e arrondissement qui prennent souvent l’apparence de voies sans issue. Mais aucune ne porte le nom de courée.

MÉMOIRE DE LA CONDITION OUVRIÈRE

La courée des Oursins, aujourd’hui impasse des Oursins, construite à partir de 1843, est la plus ancienne. La courée Fenouil-Puget (de 1861 à 1883), la courée Saccomane (1882), la courée Mouraille (1889), la courée Arnaud (1883-1911), la courée Castejon (1908), la courée de la Redonne (1912-194), la courée de l’impasse des Chalets (à la sortie de la guerre) et pour finir la courée Bellevue, en 1923, ont suivi. Leur implantation s’est faite en lisière du tissu urbain, « sur des terrains libres qui avaient alors vraisemblablement perdu depuis peu leur usage agricole », précise le SRIPC.

Source Wikimapia

La plupart des courées de l’Estaque sont construites par la petite bourgeoisie de fabricants et négociants pour des arrivants aux revenus très modestes. Certaines le sont par les futurs habitants eux-mêmes… La division des courées en copropriétés intervient au début du XXe siècle, mais le statut locatif perdure jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, et même encore aujourd’hui. Cet habitat, autrefois déclassé et désormais inscrit au Plan local d’urbanisme de Marseille, est « un lieu de mémoire qui a une grande importance historique ».

La courée Arnaud, la plus emblématique, appelée péjorativement cour des miracles, « témoigne des conditions d’habitation très particulière d’une main d’œuvre déclassée qui a pourtant contribué aux activités industrielle et agricole de Marseille jusqu’en 1950 », précise le PLU dans ses justificatifs de préservation.

« Elle conserve la mémoire (…) de la condition ouvrière et du contexte de spéculation, d’insalubrité et de précarité sociale qui a présidé à la construction des courées. »

Reportage Christophe Casanova.
Source :  http://immersive.sh/lamarseillaise/jy5U4i6ho

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